jeudi 19 juin 2008

La cotation en bloc

Au cours de ce MouBouTou, nous avons été confronté à un problème propre à l’escalade, et encore plus spécifiquement au bloc, j’ai nommé : la cotation.

Pourquoi un système de cotation ?
Parce que les voies n’ont pas toutes la même topologie, une cotation est vite devenue indispensable afin d’en évaluer la difficulté (technique, physique, exposition etc…). Le grimpeur qui s’attaque ensuite à l’une d’entre elle peut donc raisonnablement estimer ces chances de réussite en fonction de son propre niveau… en théorie. Car nous verrons qu’une cotation, par la nature même de tous les paramètres qu’elle doit rendre, est subjective et ce, d’autant plus que la personne qui donne la cotation est elle même perfectible dans son évaluation et possède une expérience, un niveau et des penchants dans l’escalade qui vont influencer celle-ci.

Problèmes liés à la cotation : la subjectivité
Une cotation est donc une estimation de la difficulté d’une voie donné par un grimpeur plus ou moins expérimenté. En général, ce sont les ouvreurs qui la donnent, celle-ci sera ensuite affinée par les différents répétiteurs. A ce stade, cela commence plutôt bien : les ouvreurs comme les répétiteurs sont des personnes d’expérience, leur jugement doit donc être fiable a priori. A priori seulement, car comme on peut le remarquer parfois (et comme le confirme le très intéressant papier « Perception de la Difficulté et Cotation en Escalade. » de Didier Delignières), plus on côte en dessous de son niveau, plus la sensibilité peut être aléatoire, plus on cote près de son niveau maximum, plus on sera fin et précis.
  • Donc premier point : les personnes qui défrichent les secteurs (et tournent plutôt dans le 7 voire 8) ne seraient pas les plus à même de coter les passages en 3, 4, 5 (ou même 6 ?!).
  • La nature du lieu rentre aussi en ligne de compte. On parle souvent de la particularité du grès bleausard et de ses sorties pour le moins… rondes. Ceci n’est généralement pas considéré dans la cotation, cela fait parti du particularisme local. Le nouveau venu voit néanmoins ses performances baissées sans qu’il ait d’explication : est-il dans un jour sans ou est-ce la topographie du coin qui le déstabilise ?
  • On peut encore rajouter de nombreux facteurs plus ou moins critiques. Je pense, entre autres, à l’erreur humaine tout simplement (après tout, il est plus facile d’ajuster une cotation que de donner son verdict ex nihilo). La personne qui cote se plante franchement (pour x raisons) et, parce que la voie est peu répétée, ou parce que la personne est une référence dans le milieu et que l’on n’ose remettre en cause son jugement, l’aberration persiste.
Tous ces paramètres réunis, plus beaucoup d’autres surement, font que la subjectivité est au cœur du processus de cotation d’une voie.

Différents types de cotations
Durant notre périple, nous avons pu référencer pas moins de 3 types de cotation distinctes en 5 sites !
  1. la cotation « Bleau » (sur le modèle de la cotation « falaise », ex. 5a, 6b+, 7c), par nature assez sévère. Flasher du 6 et c’est champagne… pour notre modeste niveau en tout cas ;
  2. la cotation « Reste du monde » (Targasonne par ex. également sur le modèle de cotation « falaise »), bien plus accessible,
  3. la cotation bloc (de B1 à B15 par exemple pour les mutants) rencontrée à Annot.
Et 3 systèmes de cotation pour évaluer un peu objectivement son niveau, c’est déjà 2 systèmes de trop.
Venons en au premier point : l’inutilité du système de cotation bloc « Bxx » tel qu’il est utilisé actuellement.
La création de ce dernier part pourtant d’une constatation fort pertinente : le bloc et la falaise étant des disciplines relativement distinctes, pourquoi coter de manière similaire ces deux disciplines ? Proposé par le magasine « Grimper », ce système linéaire se voudrait plus lisible. Malheureusement, dans les faits, cette notation n’apporte aucune information supplémentaire ou qui soit propre au bloc. Ainsi, un tableau d’équivalence permet de faire le lien stricto sensu entre la cotation classique falaise et celle de bloc. A ce stade, non seulement nous n’apportons aucune plus value, mais nous brouillons encore plus les cartes avec deux systèmes là où un seul pouvait suffire.
Deuxième point : le système falaise appliqué au bloc peut varier énormément d’un site à l’autre. Il peut paraître normal que le niveau varie sensiblement mais pas dans de telles proportions. Par exemple, un 6a bleausard peut facilement équivaloir à du 6c à Annot (pourtant sur le même type de rocher). Soit vous êtes optimiste (« A ce rythme, ce soir je m’attaque à du 8, je suis trop fort »), soit vous êtes décontenancé (nous on était dans le premier cas mais ça, c’est la « Moustachus Attitude »).

Solutions pour y remédier
Après avoir listé toutes ces imperfections, je dois reconnaître que j’ai le beau rôle car, non seulement je pointe du doigt les défauts de l’existant mais en plus, je ne propose rien… ou si peu.
Nous avons relevé 2 points noirs :
- l’hétérogénéité des échelles de cotation,
- les systèmes existant ne sont pas assez fin pour transcrire la spécificité d’un bloc (à cause de ses différents paramètres).
Pour le premier, notre société moderne tend à le résoudre. En effet, à l’heure du web, des rtt et des transports, les échanges entre grimpeurs s’en trouvent facilités. Chacun peut apporter son vécu, son expérience afin de tendre vers une homogénéisation des cotations entre les différents sites. Seuls le poid de l’histoire ou la motivation des locaux peuvent freiner ce processus.
Pour le deuxième point, c’est beaucoup plus complexe dans la mesure ou je ne vois qu’un nouveau système de cotation (un énième…) pour clarifier les choses ou difficulté technique et engagement seraient pris en compte (un peu comme le système anglais) afin de formaliser et synthétiser l’information.
Imaginons l’échelle « Moustache », ouverte, graduée de 1 en 1 (avec 10 pour du 8a par exemple) suivi d’un « A », « B » ou « C » pour désigner l’exposition (voir « D » ou même « E » pour des highballs extrêmes) et d’un « S » (slab) pour signaler un passage particulièrement dalleux ou d’un « R » (roof) pour un dévers exigeant.
Ainsi, du M6A (ou M6) désignerait un bloc d’environ 6b, sans expo particulière ou inclinaison marquée. Du M7C-R désignerait un bloc de difficulté 6c-7a, très exposé et en toit.
Voilà, l’idée est lancée…

Ce petit article n’a d’autre ambition que de retranscrire un des petits « tracas » de ce MouBouTou, qui nous a d’abord étonné, perturbé avant que nous nous en accommodions tant bien que mal. Le sujet est vaste et complexe et encore, nous n’avons abordé que la spécificité française…

8 commentaires:

Fredstache a dit…

Bonne synthèse et proposition sympa.
Le "M" va être difficile à vendre car déjà utiliser pour coter le "Mixte" en montagne. Par contre, c'est bien de remplacer le numéro+lettre (ex: 6a) par juste un chiffre. Car souvent un 6a+ d'un bloc peut valoir un 6b d'un autre type de bloc en fonction de son type de caillou ou autre caractéristique).
A Ailefroide, on a observé 2 bizarreries paradoxales dans les cotations :

- les blocs cotés jusqu'à 6a semblent très sur cotés /Bleau

- occasionnellement certains blocs en 5+/6a valent carrément du 6b+/6c !!

Fredstache a dit…

Vendu ... vive le M7B-S !!!

JeyOz a dit…

Faite comme la cotation americaine Vxx, ou alors celle Australienne qui va de 1 a plus de 30 (ref: 20=6B)

Fredstache a dit…

Ouais mais c'est nul, ces americains ils ne pensent qu'à leur nombril puisque V0=6B !!

1 à 30 ouais mais assez simple non ? Je n'approfondirai pas ...

Gisèle a dit…

Victor Hugo disait : "La science est perfectible, l'art, non". Où se situe la cotation des voies ? ...
En tout cas, une cotation moustachu me plaît vraiment bien.

Anonyme a dit…

Je pense qu'il faut des références physiques incontestables pour étalonner cette échelle, prenons par exemple 6b = la température d'ébulition du sandstone dans les CNTP, à partir de là tu gradues. Façile.

Anonyme a dit…

Pas con la température d'ébullition du sandstone ... ou bien le ratio pression rectale / pression athmospherique ? A 3 ça commence à taper dans le 7 non ?

TonySport a dit…

Une cotation spéciale Sandstone ?
hmm, hmm...